• Post published:Décembre 3, 2020
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  • Post category:À Ottawa
Madame la Présidente, je remercie mes collègues de me permettre de prendre la parole aujourd’hui.

J’ai prononcé mon premier discours à la Chambre le 6 décembre 2019, en souvenir du massacre de l’École polytechnique. Aujourd’hui, je pense aux victimes et à leur famille, et je pense aussi au Canada et à ce que ce jour représente pour notre pays.

Comme aujourd’hui, j’ai réfléchi à l’époque à l’état d’esprit de l’homme ayant commis cet acte odieux et à ce qui aurait pu le motiver à abattre des piliers d’une communauté, à faire disparaître des esprits brillants.

Je crois, comme je le croyais alors, que c’est l’antiféminisme et la misogynie qui l’ont motivé. La violence faite aux femmes et aux membres de la communauté 2SLGBTQiA+ continue de dérober des membres à notre société. Nous perdons des tantes, des soeurs, des amis, des enseignants et des étudiants. Les paroles que nous prononçons sont importantes. Nous avons un devoir de mémoire indispensable, et nous devons agir immédiatement.

Depuis décembre dernier, la pandémie de COVID-19 a révélé et aggravé la situation des femmes à risque, en particulier les femmes marginalisées comme les femmes trans, les jeunes filles, les personnes s’identifiant comme des femmes, les personnes non binaires, les femmes racialisées, les femmes de couleur, les femmes autochtones et les immigrantes.

Les articles sur le nombre record d’appels aux refuges pour femmes qui fuient la violence se multiplient. Une accumulation d’enquêtes décrit la gravité accrue et l’augmentation de la fréquence des actes de violence et des tourments auxquels les femmes sont confrontées dans leur foyer pendant les périodes d’isolement. Les propos haineux et les charges vitrioliques explosent en ligne.

En avril dernier, la Nouvelle-Écosse a été le théâtre d’un autre terrible massacre qui a d’abord pris la forme d’un cas de violence contre un partenaire intime. Cette journée-là, 22 personnes ont perdu la vie, et 13 d’entre elles étaient des femmes. Je suis toujours hantée par l’histoire de Chantel Moore. Cette jeune Autochtone a été abattue par un policier municipal alors qu’elle était chez elle, seule. C’est arrivé dans ma province en juin dernier, et aucune explication n’a été fournie.

Il y a deux semaines, le Rapport final sur la mise en œuvre de l’accord de règlement de Merlo Davidson a choqué beaucoup d’entre nous. Il a révélé que la violence et la misogynie ont pris une ampleur horrible et systémique au sein de la Gendarmerie royale du Canada. L’honorable Michel Bastarache, à titre d’évaluateur indépendant, décrit la culture toxique qui règne au sein du service de police national du Canada et ne recommande rien de moins qu’un examen externe indépendant pour en arriver à une réforme des forces policières au pays. Il faut absolument lancer ces travaux immédiatement.

Lorsque des femmes autochtones disparaissent de leur collectivité, les familles ne peuvent pas être certaines que leur vie est considérée comme importante. Tant et aussi longtemps que les corps policiers du Canada seront un terreau fertile pour la misogynie et le racisme, les policiers seront bien mal placés pour tenir les citoyens responsables de leurs crimes haineux ou violents fondés sur le sexe.

Aujourd’hui, nous nous souvenons des femmes dont la vie a été fauchée le 6 décembre 1989, à l’École Polytechnique, par un homme empreint d’une profonde haine envers celles qui osaient poursuivre des études supérieures. Ayons également une pensée pour Chantel Moore et pour les victimes de la Nouvelle-Écosse.

Chaque semaine, le nombre de victimes augmente. En 2018, on a dénombré près de 100 000 victimes de violence contre un partenaire intime, dont quatre sur cinq étaient des femmes. Cette même année, 87 personnes ont été assassinées par leur partenaire intime.

Durant la pandémie, nous avons uni nos efforts pour préserver la santé de tous. L’année 2020 s’avère la preuve que lorsque nous nous mobilisons pour atteindre un objectif commun, quand nous utilisons toutes nos forces pour traverser une crise de société, malgré le désarroi, nous pouvons soulever des montagnes. Nul doute que le changement vient avec son lot de difficultés, mais nous pouvons constater des progrès. Le projet de loi C-3 prouve qu’il est possible de faire bouger les choses en légiférant pour que les juges suivent une formation en matière d’agressions sexuelles.

Je mets au défi mes collègues à la Chambre et les Canadiens. Qu’attendons-nous pour nous mobiliser et reconnaître que la violence fondée sur le sexe est une véritable crise? Nous devons soulever cette montagne. Que ce jour ne soit jamais oublié.