• Post published:février 19, 2021
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  • Post category:À Ottawa

Accès à des services dans les deux langues officielles

Madame la Présidente, c’est avec grand plaisir que je vais répondre à la déclaration de la ministre et que j’accueille le plan du gouvernement en vue de la modernisation de la Loi sur les langues officielles.

Je suis originaire du Nouveau-Brunswick, la seule province officiellement bilingue au pays. Je suis fière de représenter la circonscription de Fredericton, où tant de personnes vivent et travaillent dans les deux langues officielles. Cette réalité symbolise le projet de société que les Canadiennes et Canadiens se sont donné il y a plus de 50 ans.

Comme cela a été mentionné par mes collègues aujourd’hui, la langue française rassemble des millions de personnes partout au pays. Dans chaque province et territoire, les gens se racontent, aiment et rêvent en français. Il est donc essentiel de protéger la langue, mais aussi de mettre les outils en place afin que celle-ci puisse s’épanouir et prospérer.

J’ai un attachement viscéral à la place qu’occupe la langue et j’éprouve énormément d’empathie pour les personnes qui ont perdu la capacité d’exprimer leurs pensées les plus profondes dans la langue qui était autrefois parlée par leurs ancêtres. La langue est le miroir de l’âme. C’est le meilleur outil dont nous disposons pour décrire le monde qui nous entoure, sans hésitation ni doute, avec amour.

Pendant sa jeunesse, mon beau-père et tous ceux qu’il connaissait ont été humiliés parce qu’ils s’exprimaient en wolastoqiyik. La honte est une arme puissante. Elle cause des blessures profondes. Elle a pratiquement coupé le lien entre son peuple et leur langue, cette langue qui devrait être transmise à mes enfants. La langue est à la source de l’identité. Autrefois, une forêt diversifiée d’identités culturelles couvrait ce territoire. Ce peut être de nouveau le cas si les ressources adéquates sont mises à contribution.
 
Alors que nous protégeons les deux langues officielles de ce pays, faisons aussi le nécessaire pour que celles parlées ici depuis des millénaires prennent racine et retrouvent toute leur force et leur fierté. Je suis encouragée par la déclaration de la ministre qui a affirmé le soutien indéfectible du gouvernement envers la préservation et la revitalisation des langues autochtones…
Madame la Présidente, apprendre une langue n’est pas chose facile, mais cela nous ouvre les portes d’un monde rempli de possibilités et d’aventures.

Plonger dans une autre culture et apprendre à s’exprimer dans une langue seconde peut donner le vertige. Chercher nos mots et ne pas savoir exactement comment répondre à une question est intimidant. J’incarne d’une certaine façon cette idée qu’il est possible d’unir ces deux identités, d’être à l’écoute et de célébrer ce qui nous rend uniques d’un océan à l’autre.
Ce n’est cependant qu’en nous donnant véritablement les moyens de nous approprier cette réalité unique de notre pays que, collectivement, nous allons pouvoir affirmer que nos langues officielles auront enfin atteint une réelle égalité.

On peut parfois oublier ce que représentent véritablement les droits linguistiques au-delà du « Hello, bonjour ». Très souvent, ils touchent directement à la sécurité des gens et à leur dignité.

En cette période de pandémie où notre anxiété est exacerbée, le fait de pouvoir nous exprimer dans notre langue et de pouvoir recevoir un service dans celle-ci est essentiel afin d’assurer le bien-être de tous, qu’il s’agisse des personnes qui traversent les frontières nationales afin qu’elles comprennent les directives d’isolement ou des personnes âgées unilingues francophones de ma propre province qui n’ont pas pu recevoir de services dans leur langue dans les centres de soins pendant une éclosion de la COVID-19, ce qui a aggravé leur détresse.

Le fait d’accéder à l’éducation et aux ressources nécessaires au cheminement scolaire en français représente également un éternel combat des minorités francophones, dont le fardeau est porté par les générations de Charlottetown à Victoria. Rien ne sera jamais acquis tant que la Cour suprême du Canada n’aura pas rappelé que le français et l’anglais ont un statut et des droits et privilèges égaux au Canada.

Étant donné qu’il existe une différence entre le fait d’avoir un droit et celui de faire respecter un droit, il est primordial de faire en sorte que l’organisme de surveillance dispose des outils nécessaires pour faire appliquer la loi. Je suis ravie que le gouvernement prenne cette voie.

Au cours des derniers mois, j’ai beaucoup réfléchi à la signification du mot « résilience » et à la façon dont nous avons tous dû apprendre à naviguer entre la tristesse et la douleur, puis l’unité et l’espoir. La résilience est une force que les communautés linguistiques minoritaires ont appris à maîtriser à travers les décennies.

« L’union fait la force »: ce slogan de l’Acadie est représentatif de ce qui nous permettra de prospérer après la pandémie et, plus important encore, de ce qui permettra à nos communautés et à nos familles de rester dynamiques.

Je crois que c’est en travaillant main dans la main et en soutenant les valeurs de respect et de diversité de notre pays que nous arriverons à rétablir un nouvel équilibre linguistique dans tous les aspects de la vie des Canadiens: au travail, dans les loisirs et à la maison. Donnons un exemple d’unité qui transcende les frontières.

J’ai espoir que le plan présenté par la ministre marquera un tournant vers un nouveau chapitre attendu depuis longtemps.